« Plutôt Hitler que le Front populaire »

J’aime une chose chez le Parti « Socialiste » : il ne cherche même plus à faire semblant.

Cela fait désormais trois scrutins présidentiels qu’il ne tente plus réellement de maintenir l’illusion. Les stratégies de communication, les promesses de refondation et les mises en scène de renaissance ne servent plus à masquer une réalité devenue évidente : ils se présentent désormais pour ce qu’ils sont ; les pompes funèbres d’une certaine idée de la social-démocratie.

Le problème n’est pas seulement ce qu’ils ont fait lorsqu’ils étaient au pouvoir. Le problème est surtout ce qu’ils ont empêché : ils ont contribué à réduire le champ des possibles, à transformer toute petite rupture politique et la définir en menace, toute conflictualité sociale et sociologique en irresponsabilité, toute volonté d'adoucissement en danger profond à contenir. Ils ont grandement médiatiquement participé à définir les frontières du pensable.

Leur logique historique reste celle d’une classe politique qui préfère toujours préserver l’ordre existant plutôt que prendre le risque d’une rupture. « Plutôt Hitler que le Front populaire » demeure le symbole de leur réflexe bourgeois d’élites qui choisissent la conservation et agravement du système face à la possibilité d’un micro bouleversement un peu d'ordre populaire.

Mon objectif n’est pas de retrouver une gauche sociale-démocrate tiède, réformiste et gestionnaire à l’Élysée. Je ne cherche pas une nouvelle alternance où les mêmes limites seraient simplement administrées autrement. Je veux une recomposition de l'offre progressiste française, je désire de nouveaux adversaires politiques. Mais pour qu’un véritable affrontement politique existe, il faut d’abord que certains appareils cessent de posséder le monopole de la définition du raisonnable, du sérieux et du possible à gauche.

Je vote pour La France insoumise non parce que je me fais des illusions sur elle, ni parce que je crois avoir trouvé une organisation parfaite ou une réponse définitive à toutes les contradictions politiques. Je vote dans une logique de rapport de forces. La question n’est pas de remplacer une croyance par une autre. La question est de savoir quelles forces peuvent réellement déplacer les lignes et briser l’hégémonie des anciens appareils.

Je ne confonds pas un outil politique avec un horizon historique. Mais je considère que la première bataille est celle de la fin de cette domination symbolique : retirer à cette vieille “gauche” institutionnelle sa capacité à parler au nom de toute la gauche, à distribuer les brevets de respectabilité et à décider seule de ce qui serait acceptable.

Leur influence repose sur des réseaux, des habitus, des institutions et des appareils qui continuent de définir les limites du débat.

C’est aussi pour cela que je critique violemment des médias comme Libération et Mediapart : non pas simplement pour leurs positions éditoriales, mais parce que je considère qu’ils participent à cette bataille culturelle où certains acteurs revendiquent encore le pouvoir de fixer les frontières du progressisme, de la respectabilité et du débat légitime. Ils ne sont pas seulement des commentateurs du champ politique ; ils contribuent aussi à en organiser les règles. Leur fonction n’est pas de transformer le réel, mais de rendre certaines transformations difficiles à imaginer, à légitimer ou à construire.

Après le capitalisme et les structures qui l’accompagnent comme le corps exécutif local qu'est L'Union Européenne, le verrou politique majeur reste cette classe d’accompagnement et les appareils qui prolongent son pouvoir culturel au sein du bloc bourgeois.

Je ne veux plus de propriétaires du champ politique. Je veux des adversaires.

Et seulement à ce moment-là, nous aurons peut-être enfin un véritable conflit démocratique : non plus entre des propriétaires et des challengers autorisés, mais entre des forces politiques réellement concurrentes.

Votez La France Insoumise.