« finir au RSA »

Je déteste l’expression « finir au RSA ». Rien que le verbe « finir » dit déjà tout. Comme s’il existait une trajectoire sociale normale, une ligne d’arrivée désirable, et qu’en dessous de cette ligne on ne faisait plus que « finir ».

Et c’est précisément parce qu’on accepte ce genre d’expressions dans notre langage qu’elles finissent par nous sembler normales. On parle de personnes comme si elles étaient arrivées au bout. Comme si elles étaient « finies ». Comme si elles n’avaient plus vraiment de place dans la société, plus rien à produire, plus rien à apporter, donc plus vraiment besoin qu’on se préoccupe d’elles.

C’est d’une violence folle, parce qu’on transforme une situation sociale en échec individuel. « Iel a fini au RSA », comme si iel avait pris la mauvaise sortie, comme si tout ça n’avait rien à voir avec le chômage, la précarité, les rapports de classe , les discriminations ou la destruction progressive des protections sociales.

Et surtout, ça révèle à quel point on a intégré l’idée que la valeur d’une personne (et parfois la notre, si au RSA) dépend de sa capacité à être rentable. Tant que tu travailles, tu es « inséré.e ». Quand tu sors du marché du travail, tu es « à la charge ». Et quand tu arrives au RSA, tu as « fini ».

Bah non. Une personne n’est pas une marchandise qui atteint sa date de péremption dès qu’elle n’est plus suffisamment rentable.

Et je pense vraiment qu’il faut commencer à faire attention à ces mots. Parce que le mépris social ne commence pas uniquement dans les lois ou dans les politiques publiques. Il commence aussi dans la manière dont on apprend à parler de certaines vies.

Et après on s’étonne que ces personnes (parfois nous-mêmes), soient traitées comme une population dont il faudrait moins se préoccuper. Bah oui. Quand ton propre langage te dit qu’une personne a « fini », tu as déjà commencé à la considérer comme socialement morte et la gauche électoraliste prend ce mémo pour non-argent comptant.